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Submitted on
October 14, 2012
Submitted with
Sta.sh Writer
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    Au début, j’avais le pas incertain, les sens blessés par leurs retrouvailles avec l’extérieur – le monde, tout ce qui n’était pas moi et qui avait bien vécu pendant que je m’emmurais. J’avais oublié les odeurs et les couleurs du dehors, le mouvement des êtres et le temps qui passe ; ainsi cette île où je vivais depuis toujours me semblait étrangère. Sans autre repère que ces mots nouveaux qui m’avaient tirée de mon immobilisme, je décidai un peu confusément de les suivre, où qu’ils aillent, sans me soucier de leur origine.
    Je fis ainsi le tour de l’île, jusqu’à l’écœurement. La luxuriance du monde me renvoyait à mon propre vide, l’odeur des cèdres à mon parfum de mort, la couleur des fleurs au blanc de ma mémoire rendue vierge par l’instinct de survie.
    Je me contentais de regarder cette exubérance, incapable d’en penser quoi que ce soit, la vie s’avérant inapte à me ranimer. Le monde vivait comme si je n’étais pas là à errer au milieu de lui, et moi je continuais de m’y mouvoir sans qu’aucune image n’accroche ma rétine.
    J’étais ailleurs, et condamnée à rester dans le monde physique par les lois absurdes de l’univers. J’écoutais seulement les mots. Ils s’écrasaient contre mon silence intérieur érigé en ultime – et seul – protecteur ; mais je les suivais. Ils n’avaient rien des mots d’ici ; rien non plus des miens. Ils étaient autres.

    Un jour ils se sont tus.

    Alors le brouhaha du monde a commencé à s’immiscer en moi, jusqu’aux portes de mon silence ; et la peur me saisit, cinglant mes sens en résonnant dans mon vide. Alors je me mis à courir au milieu des arbres, dans n’importe quelle direction ; je courais, ne voulant rien voir, rien entendre, rien sentir, échapper à tout ce qui m’avait été familier… échapper aux souvenirs qui s’agglutinaient contre mes barrières et voulaient sortir et m’inonder d’un bonheur mièvre dont la fatalité m’avait bannie… bonheur dont je ne pouvais supporter la vue, parce que cette fatalité qui l’avait déchiré, c’était moi, mon impuissance, ma médiocrité face à l’amour et à l’épreuve. Je ne voulais pas revoir ce que j’avais détruit… oublier, c’était survivre.

    Soudain une gifle d’air salé me stoppa net. Sortie de la forêt, je prenais un vent marin en plein visage, qui me coupait le souffle et, momentanément, éloigna les pensées nauséabondes.
    Je fis un pas. Les mots n’étaient toujours pas là… je ne pouvais retourner dans cette forêt qui m’offrait un peu de répit en gardant mes souvenirs empêtrés dans ses racines ; alors j’avançais.
    Ça sentait l’océan, et il y avait un infime bruit de vagues… l’idée me vint de rechercher ces masses d’eau pour m’y jeter et oublier. Soudain, quelqu’un émergea des buissons : un adolescent vaguement familier, aux bras chargés de dieu sait quelle nourriture destinée à combler les besoin triviaux des hommes… besoins qui m’étaient devenus étrangers.
    Il hésitait ; je restais là, immobile, indifférente mais pas pour autant disposée à me détourner de lui. Juste vide et inerte. En veille.
    Alors il s’approcha, et me demanda quelque chose que je ne compris pas ; expulsée de ma torpeur par l’aiguillon de la panique, je reculais. Je reculais encore et encore, à pas convulsifs, tandis qu’il avançait encore et encore et s’obstinait… mais c’était fini, il ne pourrait pas comprendre, je n’étais plus humaine… je ne pouvais pas dire pourquoi j’avais eu si mal et pourquoi j’avais si peur, pourquoi j’étais quasi-morte et si vide, si abyssalement vide que même mes cris et mes larmes s’étaient évanouis dans une noirceur surhumaine. Je ne pouvais rien dire de tout ça, parce qu’alors « ça » serait redevenu trop réel… je reculais toujours, et en entendant soudain nettement les vagues, je compris, trop tard, qu’en contrebas, c’était la mer – sous mon talon le sol se déroba


141012 2336
Et voilà la deuxième partie de mon "petit projet". Je vais essayer de limiter la longueur de chaque partie à une page ou moins ; c'est un bon exercice pour moi qui ai tendance à m'étaler - et c'est plus agréable à lire sur dA :dummy:
Je constate que le coup de "je m'enfuis dans la forêt" est récurrent dans mes textes -_-' M'est avis qu'un truc psychologique se cache là-dessous...
Patience, bientôt vous en saurez plus sur la jeune fille de la mer. Des idées ? Dites-moi :p
Merci de me lire :)
Première partie : [link]
Suite : [link]
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:iconwordeea:
Wordeea Featured By Owner Oct 14, 2012  Hobbyist Writer
ha! tu t'enfuis dans la forêt et moi je marche dans la mer sous la lune ;p

je suis très très fan :heart:
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:iconninefiftin:
Ninefiftin Featured By Owner Oct 17, 2012  Hobbyist Writer
Haha, chacun ses petites habitudes on dirait :XD:

Merci beaucoup, et pour le :+fav: aussi :hug:
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:iconwordeea:
Wordeea Featured By Owner Oct 17, 2012  Hobbyist Writer
avec grand plaisir :)
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:iconlombregrise:
lombregrise Featured By Owner Oct 14, 2012  Professional Writer
j'aime toujours autant.
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:iconninefiftin:
Ninefiftin Featured By Owner Oct 17, 2012  Hobbyist Writer
Merci monsieur :)
et pour le :+fav: aussi ! :hug:
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:iconlombregrise:
lombregrise Featured By Owner Oct 17, 2012  Professional Writer
:rose:
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